Architecture

Maison Fosc (le Chili Suisse)

2 Comments 03 février 2010

Maison Fosc (le Chili Suisse)

La production architecturale chilienne a de quoi susciter l’admiration: « les Chiliens, ils sont balèzes en archi« , qu’on se dit souvent à DailyCharrette. Surtout qu’ils aiment aussi les bons vins, ce qui plait encore plus à certains de nos rédacteurs. La Maison Fosc par exemple, par PEZO VON ELLRICHSHAUSEN ARCHITECTS elle nous attire l’oeil.

Y’en a des biens…

Quelques secondes passent.   »Oui, et les  Espagnols aussi, comme les Hollandais, les Suisses, les Autrichiens« . Et on fait le tour du monde en fredonnant du Didier Super  . »y’en a des biens » : Les anglais, les italiens, les coréens.  C’est vrai y a des bons archis partout. Au final, les tentatives de s’exalter sur les productions nationales architecturales tombent aussi vite à l’eau qu’un débat sur la gastronomie:  « on mange super bien à New-York ». Facile.

Sauf que les indicateurs de santé publique sont clairs: « les rosbeefs ont les dents pourries et avec tout ce qu’elles boivent, les anglaises ne montent plus sur leur vélo… pas comme les hollandaises« . Etc. Etc.

Et le point fatal: « y’a deux français qui ont eu le Pritzker ». Na! On pourrait aussi dire la même chose pour les allemands, et en plus tout le monde a déjà oublié les Pritzker allemands.  Sauf que.

Il y a deux écoles d’architectures dont nous faisons la promotion ici sur DailyCharrette et dans lesquels on ne retrouve pas assez, à notre goût, de Français. D’une part une architecture assez computationnelle, on va dire, assez spéculative des enjeux futurs liés aux nouvelles technologies et la dialectique sociale qu’elle questionne. Une architecture propre à renouveler les poncifs sur la ville. C’est Charlie qui s’en occupe le plus souvent.  Normal, c’est une affaire d’informaticiens. D’autre part, une architecture plus fétichiste, plus réduite en échelle, assez spéculative des enjeux théorico-érotiques de matérialité, sur fond de phénoménologie of course. C’est bibi qui s’en occupe le plus souvent. Normal, c’est une affaire de mécanicien.

Architecture et Politique (café du commerce)

Alors les français et les allemands, les deux premiers pays européens, on ne le voit pas souvent dans l’un ou l’autre des débats. Bien sûr, il y a Patrick Bouchain, heureusement. Bien sûr; il y en a d’autres et on pourrait passer son temps à les citer. Sauf que. Sauf qu’on voit souvent les hollandais dans la première école et les suisses et les autrichiens dans la deuxième. Quand on connait l’histoire contemporaine de l’Espagne, on se demande comment ça a pu aller aussi vite pour faire de l’Espagne une scène architecturale de tout premier plan. A moins que ce soit justement le constat que l’architecture s’accomode de tous les systèmes politiques et que sous Franco, les architectes, qui devaient la boucler comme tout le monde, ont passé le plus clair de leur temps à dessiner et à réfléchir sur les ressorts tectoniques de l’architecture, à défaut de pouvoir parler d’autre chose. Les argentins ont du être logé à la même enseigne. Et puis il y a l’illustre histoire de chacun. Pendant ce temps là, les architectes Français se battaient sur la place des ingénieurs et des architectes dans l’acte de bâtir et faisaient aussi croire, en empochant leurs honoraires, que la Courneuve, c’était l’innovation sociale du modernisme architectural.

Revenons en à l’épanouissement de l’architecture dans les pays qui sortent d’une dictature. Comment expliquer qu’on ne parvienne, de but en blanc, à citer un seul architecte grec contemporain, alors que les Espagnols (et les Catalans…) sont légion? Ils l’ont eu aussi,  leur dictature, les grecs.  Comme les espagnols et les argentins. Et ils ont tout ce qui faut au niveau historique. Les Italiens s’en sortent mieux. (C’est peut être aussi, la différence entre les italiens et les grecs, une histoire de refoulement qui laisse encore tout loisir aux italiens pour s’intéresser aux belles choses sans sentir leur virilité menacée.  Excusez la discussion café du commerce)

Il semble que les peuples du sud européen pataugent un peu dans leur riche rapport à l’ « H »istoire, par opposition par exemple à des « h »ollandais complètement décomplexés par la perspective d’une bonne crue qui balaye tout. Et puis vivre avec un climat pourri, ca donne des idées pour aller mieux et organiser l’urbanité intelligemment.

Les français dans tout cela ? Trop rationnels. Surtout depuis que la chasse d’eau des Beaux-Arts a été tirée (l’esthétisme érigé en théorèmes). De fait, ils réduisent l’architecture à des systèmes discursifs. Rien de mal à cela. On a quand même une des plus belles usine à discours du monde occidental depuis le 18ème siècle (de Voltaire à Derrida, en passant par Hugo).  Mais vu que le discours public en France est très  politisé (le doux mirage de 1789 et le sport national ou religion d’état que constituent la grève, la manif – et le pastis) et que politiquement, n’en déplaise à nos amis américains, la politique française est plutôt conservatrice (l’esprit de monarchie qui hante encore les ors de la république) ,  finalement, l’architecture se politise d’une manière assez conservatrice, et l’architecture en France, de fait, ne se préoccupe pas trop de sensualité matérielle ni d’innovation sociale mais de rationalisme discursif.

Evidemment, ce genre de raisonnement, ca vaut ce que ca vaut. Une discussion de café de commerce, qu’on vous a dit.

Et les chiliens dans tout ça ? Zut, plus le temps d’en parler. L’article touche à sa fin. Trêve de bavardages.

Et la maison Fosc dans tout ca ?

La maison Fosc est une très belle maison, qui rappelle les bonnes manières des Suisses: l’école de Paspels par Valério Olgiatti, (ci-dessous) les dégoulinures du béton à la Congiunta par Peter Märkli (vidéo youtube), les jeux de teinture du béton chez Olgiatti toujours, et surtout chez Gigon & Guyer qui ont exploré presque toute la palette des teintes de béton avec forts succès.

Olgiatti – Ecole de Paspels

L’intérieur de la maison Fosc ferait même penser à l’intérieur blanc immaculé de la Gelb Haus (maison jaune) d’Olgiatti à Flims. Les veines du bois, les rugosités et l’irrégularité artisanale de certaines découpes humanisent fort heureusement la première pureté du geste. Du moderne rustique, un peu comme du Barragan (sans les couleurs). La maison se destine à une couple avec 3 enfants avec 5 chambres réparties sur les niveaux 1 et 3, les espaces communs étant placés en position intermédiaire (monter ou descendre un étage pour y arriver, c’est bien vu).  Par bon goût, il y a des enfants sur les photos, c’est un bon signe.


On pourra aimer ou ne pas aimer le vert cactus  de l’extérieur (de l’oxyde de cuivre) sur la double peau en béton séparée par une couche d’isolant. En particulier, on trouvera, par expérience, que les teintes vertes en présence d’arbre (ou les bleus en bord de mer, ou les blancs à la montagne, comme la Gelbe Haus) jurent un peu trop avec leur environnement naturel immédiat. Que l’on pense à la Villa Majorelle à Marrakech (ou encore le rouge chez Olgiatti)  et l’on acceptera l’idée que les contrastes élevés détiennent un pouvoir assez mystérieux, une force d’être là qui dépasse nos capacités à discourir.  La question étant à nos yeux, pas tant de se « fondre dans la nature » (expression très suspecte à nos yeux) mais plutôt de trouver sa place et d’en assumer les conséquences pour le pire comme pour le meilleur (exemple fétiche: le Centre Pompidou) .

Peut être, si ça se trouve, le vert en façade est le choix du maître d’ouvrage (le client). ArchDaily nous indique que les clients sont des amateurs d’art contemporain. Ils s’y connaissent en provoc ou en couleur ou bien les deux.  On passe tellement de temps à se branler la jambe sur les choix du maître d’oeuvre, érigé (souvent à juste titre, certes) en auteur-sacré de son projet qu’on oublie que l’architecture c’est aussi le désir d’un client…

Lieu: San Pedro, Chili

Architectes: Mauricio Pezo, Sofia von Ellrichschausen

Surface: 160 m²

Terrain : 600 m²

Etudes: 2007

Chantier: 2009-2009

Resp. Structure: German Aguilera

Resp. Construction: Ricardo Ballesta

Crédits photographiques: Cristobal Palma (photos) et Ana Crovetto (Maquette), Valerio Olgiatti (Ecole à Aspels)

Sources: chile-architect.com, ArchDaily

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