Art, Equipement public

Theatre / Daniel Libeskind

3 Comments 23 mars 2010

Mister Gaga

Tout le monde a eu sa période Libeskind, en particuliers ceux d’entre nous qui sont passés sur les ban(c)s de l’école d’archi entre, disons, 1995 et 2005. Le projet hallucinant du musée juif (extension au musée historique de Berlin), par son geste très explosif, soufflait autour de lui un grand nombre d’idées reçues sur l’architecture muséo-touristique, concrétisant un certain nombre de positions militantes contre la culture neutralisante de la muséographie , le basculement de l’architecture « contenante » devenant elle même le contenu inremplissable du musée (le musée juif est tellement plus beau « vide »). Le signifié devenu, à ses risques et périls, signifiant. En en payant les conséquences. Ce n’était pas le premier à oser mais c’était le premier à recevoir une telle médiatisation.

La position métaphorique de l’architecture de Libeskind, affutée stylistiquement par un vocabulaire que l’on ne tarda pas à retrouver dans de nombreux autres projets de l’architecte américain ont certainement agacé nombreux amateurs d’architecture (milieu dans lequel les fines bouches sont légion). En particulier, les exemples de centres commerciaux dessinés par Libeskind avec la tête d’un musée juif, cela faisait, franchement, un peu mal au cœur. C’était plus douloureux que de voir Botta bégayer sur les mêmes approches formelles car, à la différence de Botta d’un style beaucoup plus paisible, Libeskind avait réussi à faire à associer à son vocabulaire formel, l’idée que l’architecture disposait d’une capacité tranchante à crier son indignation contre un certain ordre du monde. Retrouver une telle palette expressive dans un projet de centre commercial était donc, potentiellement, un peu fort de café.

Mais Libeskind est un bon architecte. Il agace beaucoup pour des questions formelles, mais au delà d’une provocation bien légitime, il convient de se pencher sur l’intelligence urbain des dispositifs architecturaux par lui engendré. C’est là où finalement, la fascination passagère qui fut celle de nombreux étudiants pour le style Libeskind rate d’une certaine manière toujours sa cible: l’essentiel est invisible pour les yeux.

L’architecture par les pieds

Il faudrait pouvoir être aveugle de temps en temps pour mieux apprécier, avec ses pieds par exemple, l’intelligence urbaine d’une architecture: sa capacité à l’établissement de connexions, de continuités, de flux, de boucles et de transitions.

L’intérêt du Grand Canal Square Theatre, réside dans cette dimension urbaine, qui est l’appanage des grands projets bien pensés, par delà les questions de cosmétique tectonique qui relèvent d’une autre discussion. Un théâtre qui s’ouvre d’un côté sur une grande place devenant elle même théatre urbain en plain air, de l’autre côté, une place ouverte sur la mer, une forme monumentale formant arc de triomphe, annonçant pompeusement la ville aux marins. L’érogénéité à grande échelle, incontournable pour une grande ville désireuse d’offrir une lisibilité basique capable d’attirer la foule, le chaland. La monumentalité ne laisse que peu d’entre nous indifférents.

Un programme de bureaux et d’hôtel prend appui autant qu’il aide à articuler, par son potentiel d’activation de la ville, ces différentes facettes et places urbaines. Du commerce, du bureau, de l’hôtelirie, toutes les choses programmatiques qui font que les choses ne peuvent pas se  faire autrement, question d’argent s’entend.

On aura peut être pas tort de regretter un n-ième projet en oblique lacérée. Ces questions d’obsession constructive sont une chose qui peut faire l’objet d’un débat toujours passionnant mais qui, au regard de ce qui fait la substance de la ville et son génie fonctionnel, importe bien peu. C’est aussi de ce côté-là, du côté de l’attitude urbaine,  qu’il faut apprendre à regarder l’architecture , et sans rancunes et quand bien même elle chercherait bien volontiers la provocation vestimentaire.

Architecte: Daniel Libeskind
Client: Ramford Limited, Chartered Land
Budget: 270 millions US$
Année: 2009-2010
Surface Théatre: 13 800 m²
Surface bureaux nord: 33 300 m²
Surface bureaux sud: 21 100 m²
Associé superviseur: Stefan Blach
Chef de projet: Gerhard Brun
Equipe de projet: Feargal Doyle, Patrick Cox, Andreas Baumgärtner, Matthias Rühl, Toralf Sümmchen, Anna Poullou, Guillaume Chapallaz, Nathaniel Lloyd, Jens Jessen, Jens Hoffman, Kaori Hirasawa, Luca Mangione, Anja Bungies et Christian Müller
Crédits Photographiques: Ros Kavanagh

Source: Archdaily

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    « Visiter avec les pieds » dites-vous, mais est-ce le cas? RT @dailyCharrette: Theatre/Daniel Libeskind http://bit.ly/by6MiZ #architecture

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